extrait de la revue "Radiofil" et réactualisé en avril 2016

Nous sommes en 1920. Alors que dans certains pays comme les USA, L’Angleterre et l’Allemagne par exemple, il est possible dans les lieux fréquentés d’appeler le central et d’obtenir une conversation par simple introduction de pièces de monnaie ou jeton, il n’en est pas de même en France ou la gérante de cabine reste incontournable.

1er modèle de Hall        Selon une étude des PTT, ces dispositifs utilisés à l’étranger ne donnaient pas pleinement satisfaction.
Dans les cas les plus simples, le système était lié à la probité des utilisateurs (simple tronc) et plus généralement, il était impossible de se faire rembourser en cas de non réponse ou de pas libre. Dans les systèmes les plus sophistiqués, les manœuvres imposées aux opératrices étaient telles que le prix de revient d’une communication dépassait de beaucoup le montant de la taxe encaissée. Ce qui conduisit l’école supérieure des PTT à sélectionner et tester in situ quelques appareils français et étrangers.


       Finalement, le dispositif qui fut retenu, c'est-à-dire qui sut plaire à la fois au public parisien, à l’administration des PTT mais également au trésor public, car fort coûteux, était celui proposé par l’ingénieur F. W. Hall sous l’appellation : distributeur automatique de communications téléphoniques.


     C’est alors que se crée la Compagnie pour l’exploitation des téléphones automatiques en France, société à laquelle, en février 1923, l’administration des PTT confie l’exploitation du brevet de l’appareil créé par F. W. Hall alors baptisé Taxiphone.
Dans un premier temps, 50 appareils sont installés dans la capitale. Le coût de la communication est alors de 10 centimes dont la moitié est reversé à l’administration. Puis devant le succès rencontré, toutes les grandes villes en sont équipées. On loue alors l’ingéniosité de son principe, ses qualités mécaniques, mais également ses qualités morales. Il ne tolère aucun truquage et il est honnête peut-on lire dans la presse de l’époque car il rembourse les communications inefficaces.

     Examinons de près ce fameux taxiphone qui dans un premier temps, ne fonctionnait que sur le réseau urbain c'est-à-dire derrière les récents centraux à batterie centrale. Il s’agit d’un boîtier mural légèrement plus volumineux que le téléphone auquel il est associé. Son fonctionnement est purement mécanique et se résume de fait à un monnayeur qui établit ou coupe des contacts dans le téléphone mural qui lui est associé.

     Pour obtenir une communication, tout d’abord, on décroche le combiné, ensuite, on introduit les 10 centimes demandés ce qui a pour effet de mettre l’utilisateur en relation avec une opératrice. A la réponse du demandé, il convient alors d’enfoncer le bouton principal, ce qui provoque l’encaissement de la pièce. En cas de non aboutissement de la communication ou d’abandon, un second bouton permet la restitution de la pièce, ces manœuvres étant clairement expliquées sur une affiche apposée à proximité de l’appareil.

     Pour les réseaux automatiques, l’appareil bien que de présentation similaire, diffère légèrement. Après avoir décroché et introduit une pièce, l’utilisateur perçoit le bourdonnement comme l’on disait à l’époque et peut alors composer son numéro. A l’enfoncement du bouton d’encaissement, le micro jusqu’à là court-circuité se libère.


type St Cyr       Il faudra attendre 1927/28 pour voir apparaître le premier taxiphone tel qu’on le conçoit, c'est-à-dire regroupant dans un même boîtier les fonctions de monnayeur, à savoir, encaissement ou remboursement mais également de téléphone.
Tout d’abord expérimenté à Saint-Cyr en région parisienne, il en conservera le nom.
     Il se présente sous la forme d’une caisse réalisée en en tôle épaisse et divisée en 2 parties, et divisée en 2 parties. La partie basse, 1/3 environ, est réservée à la caisse et la magnéto d'appel. Dans la partie haute, on retrouvera le monnayeur, le système d’encaissement et sur le fond, la partie téléphonique inspirée du odèle 1910. Le combiné, modèle 1924 s’accroche sur le coté gauche. En façade, une plaque émaillée résume le mode d’emploi et sur le dessus une seule fente attend des pièces de 1 franc.

      Tout d’abord, penchons nous sur ce modèle généralement apposé dans une niche sur la façade des bureaux de poste ou il assure la continuité du sercice après la fermeture, ceci afin de respecter une récente loi qui prévoit par commune au minimum un téléphone accessible au public à toute heure .


         Le mode d’emploi nous invite à donner quelques tours de manivelle puis à décrocher et suivre les indications de l’opératrice. En fonction de la communication demandée, l’opératrice appelle votre correspondant, le fait patienter puis vous demande d’insérer la somme demandée, somme qui peut varier fortement en fonction de l'heure et de la distance.
Dans le monnayeur, la pièce, de part son propre poids glisse dans un couloir incliné et calibré pour un diamètre et une épaisseur bien précise. Si une pièce non attendue est introduite, elle sort du couloir et tombe dans la sébile de remboursement. A noter qu’une première sélection s’effectue dès l’introduction des pièces de par la dimension de la fente. En fin de course, notre pièce vient frapper et établir un contact fugitif entre 2 timbres de sonnerie concentriques, générant ainsi au travers d'une sorte de micro et de 2 bobines d'induction un son très particulier percu par l’opératrice qui peut ainsi comptabiliser la somme introduite et mettre en relation les 2 correspondants.
Ce système, bien que très apprécié du public car il permettait d’obtenir des communications aussi bien locales qu’interurbaines si l'on en croit l'Ilustration de l'époque montre vite ses limites. Fonctionnement uniquement en mode BL. Tarif nécessitant l'introduction de 7 à 8 pièces par communication. Problème électrique du à l'oxydation des timbres de sonnerie et la propreté des pièces font que dès 1932/34 apparait un nouveau modele.

Ce second modèle, légèrement plus grand mais de présentation similaire attend 2 types de pièces (10 & 20 francs). Dans le monayeur, les pièces ne frappent plus des timbres de sonnerie mais un gong solidaire d'un micro auxiliaire. Sur le plan électrique, il se décline aussi bien en mode BL qu'en mode BC.

     A cette même époque apparait tout d'abord à Paris un autre modèle en 2 versions au fonctionnement identique, l’une à jeton, vendu ou loué par la compagnie « Le taxiphone », ex Compagnie pour l’exploitation des téléphones automatiques en France, l’autre à pièce, mis en place par l’administration mais fabriqué par cette même compagnie. Même caisse à laquelle on a adjoint un cadran et bien sur la magnéto a disparu ainsi que le gong et le micro auxiliaire du monnayeur. Suivons donc le mode d’emploi très explicite. Après avoir décroché et introduit un jeton, l’utilisateur perçoit la tonalité puis compose le numéro de son correspondant 5 ou 6 chiffres en province, 7 chiffres pour Paris. Lorsque celui-ci répond, l’utilisateur enfonce le bouton, ce qui fait basculer le jeton dans la caisse et établit la communication. Comme précédemment, il y a mise en service du micro mais également neutralisation du cadran afin d éviter l’enchaînement d’une nouvelle numérotation en fin de communication, fraude qui avait été remarquée dès les premiers essais en région parisienne d’où son nom : type Paris. En cas d’échec, le jeton resté en attente, est restitué au raccrocher. Sur le plan téléphonique, c’est le schéma du type 1924 qui est retenu et contrairement à la photo, il est équipé de son combiné 1924 et parfois d’un récepteur supplémentaire.

 type Paris       En 1937 et suite à plusieurs changements consécutifs de tarif, l’administration des PTT opte également pour un monnayeur à jeton, nous y reviendrons en fin d’article. Coté présentation, le cadran a intégré la façade afin de diminuer les problèmes liés au vandalisme. Sur le plan mécanique, le crochet commutateur, c'est-à-dire la fourche qui supporte le combiné a été modifiée. Son action a été légèrement temporisée afin d’éviter une fraude qui était apparue et qui consistait à enchaîner une seconde communication en numérotant à l’aide du crochet commutateur.

         En 1947 apparaît un nouveau modèle, légèrement plus imposant que le modèle Paris, et ce qui choque les utilisateurs de l’époque c’est l’absence de bouton d’encaissement. Son rôle a été confié à un gros relais polarisé inséré dans la ligne et shunté par un condensateur pour ne pas affaiblir l’audition.

     Entrons dans le détail. Dès le décroché, sous l’effet du courant de ligne, notre relais constitué d’une bobine mobile coincée entre les branches d’un gros aimant en U bascule et arme un cliquet. Comme dans les modèles précédents, l’utilisateur est invité à introduire les 2 pièces demandées ou le jeton. Après passage dans le monnayeur, pièces ou jeton tombent dans un second couloir mobile appelé bascule. Si la somme ou le jeton introduit correspond au poids attendu, le couloir s’équilibre et rend opérationnel le cadran. Dans le cas contraire, présence de rondelle par exemple, il bascule coté remboursement.

modèle 1948 à jeton      Par contre, à la réponse du demandé, notre relais polarisé change de position, ce qui valide le micro et fait basculer la somme introduite dans la caisse. A noter également l’apparition d’un petit compteur sur le dessus de l’appareil, compteur qui s’incrémente à chaque encaissement, permettant ainsi au service qui relève la caisse, d’évaluer la fraude ou le disfonctionnement. Autre évolution, il est maintenant possible de répondre à un appel grâce à un second relais inséré dans le circuit de la sonnerie interne. Relais dont le rôle est de mettre en service le micro. Micro qui on l’a vu était neutralisé en l’absence d’encaissement.
     Coté réseaux BL, c'est-à-dire en zone rurale, c’est toujours le même modèle type St Cyr qui est en service avec comme seule évolution le monnayeur capable accepter 2 types de pièces.

type 100

       Question que l’on est en droit de se poser à cet instant: est-ce que sur toutes les lignes de téléphone, la polarisation s’inverse à la réponse du demandé. La réponse est non. Ce dernier modèle de taxiphone doit donc être raccordé sur une ligne de téléphone spécialisée, appelée ligne discriminée. Autre particularité de ce type de ligne, c’est qu’elle n’autorise que les appels locaux, ce qui nous arrange fortement. De plus, l’inversion de polarisation ne se produit pas sur les appels d’urgences ce qui en permet la gratuité.

         En 1950 apparaît un nouveau modèle urbain légèrement plus petit mais surtout de forme ergonomique. Référencé type 100, il est de couleur bleue et à pièces pour la version PTT. Malheureusement, avec ce modèle, peu de changement sur le plan technologique, mis à part la partie téléphonique qui s’inspire du U43 et qui lui confère une excellente audition.




type 700         Par la suite, c'est-à-dire dans les années 60, apparut 1 autre modèle le type 500 avec sa facade en inox et sa forme particulière. Sur le plan technique, il comporte quelques évolutions comme un PO préfigurant le S63 et un monayeur simplifié avec des microswitchs.

type 700          Il faudra attendre 1965 pour voir un réel changement avec l’apparition d’un nouveau modèle résolument différent. Baptisé type 700, il se démarque par sa forme, par sa couleur jaune pour le modèle administratif mais également par son fonctionnement. Il attend 3 types de pièces et permet d’obtenir des communications aussi bien urbaines qu’interurbaines avec une qualité d’audition qui s’est encore améliorée.

         Penchons nous un peu sur ce modèle et ouvrons le. Ce qui choque, c’est la taille du monnayeur. Certes, il attend 3 types de pièce mais, sur son coté gauche, est accolé un boîtier plastique qui protège un dispositif très particulier appelé comparateur de taxe.

Arrêtons nous un peu sur cette petite merveille de mécanique réalisée par Landis & Gyr dont le principe de fonctionnement est finalement très simple.

comparateur de taxe              Un tambour gradué en franc et visible au travers d’une petite fenêtre, progresse en fonction des pièces introduites dans le monnayeur. A noter qu’une certaine pression était nécessaire lors de l’introduction des pièces de façon à armer le système. Je vous fais grâce de la mécanique et du jeu d’engrenage associé à ce dispositif d’autant que dans certains modèles, un tambour auxiliaire précise les centimes.
Sur le même axe, un second tambour gradué en unité de taxe et également visible au travers de la petite fenêtre progresse en fonction de la taxation. En position repos, ces 2 tambours établissent un contact qui brouille la communication. Il est donc nécessaire d’introduire une ou plusieurs pièces pour entamer une conversation.
Prenons le cas d’une communication interurbaine, durant la conversation, le tambour des taxes va progresser et rattraper le tambour de gauche. Le contact va de nouveau s’établir et brouiller la conversation obligeant l’utilisateur à introduire de nouveau une pièce.

plaquette explicative          Ce brouillage sous forme d’une tonalité (bip-bip) était également audible par le correspondant ce qui au début a généré quelques incompréhensions à tel point que les PTT durent à l’époque faire une campagne d’information.
Par la suite, ce comparateur de taxe mécanique fut remplacé par un comparateur électronique se résumant essentiellement à un compteur/décompteur ce qui ne surprendra personne.

         Pour fonctionner correctement, ce modèle de taxiphone devait être raccordé sur une ligne particulière d’un autre type.
Alors comment acheminer sur une même ligne des informations de taxe, c'est-à-dire de brèves impulsions périodiques sans pour autant perturber la communication. Pour ce faire, coté central, des impulsions alternatives sont émises non pas sur la ligne proprement dit mais entre les 2 fils de la ligne et la terre, ce qui les rend inaudible, en effet, pour chaque alternance, correspond une alternance opposée sur l’autre fil.
         Bien évidemment, les fraudeurs trouvèrent vite une parade à ce dispositif en deconnectant la terre au pied des cabines publiques ce qui amenât rapidement l’administration à remplacer les impulsions alternatives par du 12 Khz.



           En 1972 apparait un nouveau modèle fabriqué lar Landys & Gyr le TE432 ou l'électronique est nettement plus présente. Destiné à l'interurbain, ce modèle hélas n'accepte que des pièces de 1 Franc et de ce fait n'aura qu'une durée xde vie assez ephémère


         Vers 1976 apparurent 2 nouveaux modèles. Tout d'abord le type 900,Non seulement ce modèle acceptait 4 sortes de pièces mais de plus il restituait les pièces inutilisées, chose que ne faisait pas le modèle de 1965.

série 900    Avec ce T80 fabriqué par Landys & Gyr à partir de 1982/84 et qui pèse pas moins de 20 Kg (vandalisme oblige), se termine la saga des taxiphones à pièces.
A noter que dans ces 2 derniers modèles, l'electronique est omniprésente.

         Pour terminer, quelques mots sur les jetons, 2 grandes familles : tout d’abord les jetons des taxiphones publiques, un seul modèle en cupronickel gris avec coté face, la Marianne gravée par Bazor et la date 1937 quel que soit l’année de frappe. Coté pile, une fente avec le sigle PTT. Pour les numismates, on peut noter quelques variantes, une série réalisée en zamak à la fin de la guerre, une série frappée tête bêche ainsi qu’une série réalisée en cupronickel jaune ou la date est remplacée par les lettres DT (Direction du Téléphone). Ces jetons étaient destinés aux cadres de l'administration afin des leurs permettre de téléphoner gratuitement. Malheureusement, de 1 à 2 dixièmes plus grands ils se bloquaient dans les monnayeurs des taxiphones parfaitement réglés générant ainsi du travail à leurs petits collègues»...

jetons de l'administration jeton de la compagnie du taxiphone